William Ellery Channing
(1780-1842).
Dans la préface, 'Des œuvres de W. E. Channing, de l'esclavage' de 1855, M. Edouard Laboulaye disait : "Channing n'est pas un moraliste ordinaire mais une âme vraiment chrétienne, qui aborde tous les problèmes de notre époque avec pleine confiance et en raison et en Dieu, et qui souvent les résous de la façon la plus heureuse et la plus sage…
… Le symbole de Channing est celui d'une communion peu nombreuse, mais, par la façon dont il comprend et pratique la parole divine, par son respect de l'âme immortelle, par son amour de Dieu et les hommes, Channing est certainement un des noms qui fait le plus d'honneur au christianisme, et qui montrent le mieux comment l'Evangile, loin d'être épuisée, a des réponses toujours prêtes pour ces grandes questions qui troublent toutes les sociétés, et qui portent dans leur sein l'avenir du monde et de la civilisation."
Découvrons ce personnage dont des historiens qualifient en tant que 'le prophète, le prédicateur et le héros'…
Channing naissait le 7 avril 1780 à Newport, (Rhode Island), il était le troisième des neuf fils du Procureur Général William Channing (1751-17993) et de Lucy Ellery, fille du Juge suprême de la cour de Rodhe, William Ellery (1727-1820), un des 56 signataires de la déclaration d'indépendance.
C'est dans un cadre aisé que Channing évoluait pendant sa jeunesse, porté à suivre les enseignements religieux de ses parents, bien qu'alors encore très jeune, il était froissé par ce qu'il entendait lors de prêches, par la dureté des propos de pasteurs dont certains n'hésitaient pas à faire valoir leurs couleurs politiques aux sortir de la période révolutionnaire…
Le ministre Samuel Hopkins, qui était un disciple de Jonathan Edwards, bien qu'il laissait au jeune William une perception de l'esclavage, ne put obtenir faveur à ses yeux autrement, dont il qualifiait sa théologie de 'sévère et effroyable'. Alors encore très jeune, il démontrait déjà des qualités de discernement, de sensibilité, de jugement et de franchise qui feront de lui l'homme qu'il a été toujours. Un jour qu'alors son père l'emmenait écouter un prédicateur itinérant, offusqué par le prêche de celui-ci, il n'hésitait à faire valoir ses sentiments quand il disait le ressentir pour : "une malédiction qui semblait se reposer sur la terre et l'obscurité et l'horreur pour voiler le visage de la nature." Il était transporté dans une profonde tristesse par ce qu'il entendait autour de lui de la part des hommes religieux.
A l'âge de 13 ans, il perdait son père et fut placé chez son oncle, Henry Channing (1760-1840), un ministre libéral à New London, dans le Connecticut. C'est de là que Channing fit ses premières méditations religieuses et son oncle le préparait à entrer à l'important collège de Harvard, qu'il intégrera deux ans par la suite, en 1794. Dans cette période, il prit connaissance des écrits de l'écossais et philosophe Francis Hutcheson (1694-1840), qui furent pour lui comme une révélation. Hutcheson affirmait la capacité humaine universelle pour exercer une bienveillance altruiste, ce qui ne manquait certainement pas de 'rééquilibrer' ses perceptions religieuses en comparaison de ce qu'il avait entendu précédemment par des prêches trop radicaux et portés vers un fondamentalisme qui ne correspondait pas à sa nature 'humaine'. Des idées tels que la dignité de la nature humaine ou encore le principe des droits de l'Homme imprimaient positivement l'esprit de Channing …
Diplômé d'une licence de Harvard, dans le but de s'assumer financièrement et de poursuivre ses études, Channing entrait au service de David Meade Randolph (1759-1830), officier judiciaire de la Cour Fédéral de Virginie, à Richmond, comme précepteur de ses enfants. Touché par ce qu'il apprenait de l'esclavage, Channing entre dans une autre dimension d'esprit en pratiquant l'ascétisme, et alors qu'il correspondait avec son oncle, il révélait que son cœur changeait, et lui disait : "Je me suis maintenant solennellement donné à Dieu."
Deux ans après, en 1800, ce n'est plus cette fois, en tant qu'observateur, mais comme acteur que Channing revient à Newport et s'entretien à plusieurs reprises avec Hopkins. Bien que toujours pas convaincu par la théologie de Hopkins, il admettait toutefois sa ‘théorie du désintéressement’, comme un additif de ce qu'il avait retenu des enseignements de Hutcheson et reconnaissait la cohérence de sa vie en conformité avec ses principes.
En 1801, il put étudier à la théologie à Harvard avec le professeur David Tappan (1752-1803), en profitant du fait qu'il avait été nommé superviseur des étudiants. Pendant cette période Channing a noté quelques pensées qui l'ont guidé dans ses études dans tous les domaines de sa vie, définissant sa libérale inclinaison : "Il est toujours mieux de penser d'abord par nous-même sur n'importe quel sujet et ensuite avoir recours à d'autres pour la correction ou l'amélioration de nos propres sentiments.... La quantité de connaissance ainsi gagnée peut être moins, mais la qualité sera supérieure. La vérité reçue sur l'autorité, ou acquis sans travail, fait seulement une faible impression."
En 1802, Channing a été autorisé de prêcher pour l'association de Cambridge (une association régionale de pasteurs du culte congrégationalistes).
En 1803, il fut nommé ministre à l'église Federal Street de Boston, où il restera tout du long de sa carrière.
Très rapidement, Channing dans son ministère s'est intéressé aux enfants, à leur éducation et progrès spirituels. A cet effet, en 1813, avec l'aide de Samuel Cooper Thacher de la New South Church, il a produit un catéchisme pour les enfants des deux églises.
De nombreuses autres initiatives de sa part suivront comme des petits groupes de discussions pour les membres de l'église qui ont émergé en tant que mouvement de l'Ecole du dimanche.
En 1814, Channing épousait Ruth Gibbs, une cousine germaine (fille de sa tante Mary Channing Gibbs), une des femmes les plus riches dans le pays. Il a soutenu le droit d'une femme de posséder la propriété et n'a jamais revendiqué l'argent de sa femme, comme la loi de l'époque lui permettait de le faire. Ils ont eu quatre enfants de leur union.
Des divergences sont survenues au sein de la Nouvelle Angleterre Congrégationaliste entre libéraux et orthodoxes, dès 1805, Channing ne s'impliqua pas dans celles-ci avant 1815.
Sous l'impulsion du révérend Jedediah Morse l'attention fut attirée sur le libéralisme des congrégationalistes. A cet effet, il a été réimprimé un chapitre sur l'Unitarisme américain de l'anglais unitarien Thomas Belsham Life of Theophilus Lindsey. Sur l'examen de la réimpression de Morse dans un magasine orthodoxe, le Panoplist, accusait les ministres libéraux de la Nouvelle Angleterre de partager secrètement les opinions sociniennes de Lindsey, bien qu'ils les auraient cachées aux membres de l'église. Dans cette même année 1815, Channing a écrit une réponse, l'a adressée à un collègue libéral et l'a intitulée, A Letter to the Rev. Samuel C. Thacher on the Aspersions Contained in a Late Number of the Panoplist, on the Ministers of Boston and the Vicinity.
Extraits d'une lettre, &c., pour le Révérend Samuel C. Thacher. Le 20 Juin 1815. "Mon ami et frère, Je me rappel avec beaucoup de satisfaction la conversation que nous avons tenue l'autre matin, au sujet de la dernière Revue, dans le Panoplist de juin, sur un pamphlet appelé : "American Unitarian." |
En 1819, les positions unitariennes de Channing seront définitivement affirmées, quand les orthodoxes refusaient de partager les chaires avec les libéraux. Il prononça un sermon 'Unitarian christianity', (le christianisme unitarien) à l'occasion de l'ordination de J. Spark en 1819, au sein de la nouvelle église unitarienne de Baltimore, qui restera à tout jamais une des bases fondamentales des croyances unitariennes en Amérique. Channing à juste titre est considéré un des piliers de l'Unitarisme. Dans ce discours, il avançait ouvertement L'unité de Dieu en tant que base même pour les unitariens chrétiens par ces paroles :
"Eprouvez tout, retenez ce qui est bon" (1 thes, 5,21) "…Notre principe directeur en herméneutique est le suivant : la Bible est un livre pour des hommes, dans un langage humain. Sa signification est à rechercher de la même manière que celle des autres livres. Nous croyons que Dieu, quand il parle aux hommes, se conforme pour ainsi dire, aux règles établies de la parole et de l'Ecriture…" "Nous sentons que c'est une obligation d'exercer notre raison envers la Bible, en permanence; de comparer, d'inférer, de regarder au-delà de la lettre vers l'esprit…" " Nous croyons à la doctrine de l'Unité de Dieu, autrement dit qu'il y Un Dieu et Un seul… Nous y attachons une importance infinie et pensons que cette doctrine est particulièrement claire : Il y a Un être, Une personne, Un agent intelligent et Un seul, à qui appartient le perfection non dérivée et infinie et la toute-puissance…" "Nous objectons à la doctrine de la Trinité que, bien que la connaissant en paroles, elle subvertit en réalité l'unité de Dieu. Selon cette doctrine, il y trois personnes infinies et égales, possédant chacune la divinité suprême, et décrites par les théologiens avec chacune sa conscience, sa volonté, ses perceptions…Elles jouent des rôles différents dans la rédemption de l'homme, chacune avec sa tâche appropriée…et quand un chrétien ordinaire entend converser ces personnes, les voit accomplir des actions différentes, aimer chaque autre personne, comment pourrait-il faire autrement que de les considérer comme des entités distinctes ?" "…Nous défions nos opposants d'alléguer un seul passage au Nouveau Testament dans lequel le mot Dieu signifie trois personnes; ce n'est pas une doctrine fondamentale du Christianisme…" "Nous croyons secondement en l'unité de Jésus-Christ : nous croyons qu'il est un seul esprit, un être, exactement comme nous, et également différent du Dieu unique…" "Nous croyons qu'il est envoyé par le Père pour accomplir la délivrance morale et spirituelle de l'humanité, et ce par une grande variété de méthodes; enseignements sur l'unicité de Dieu, sur l'obéissance qui lui est due, et contre l'idolâtrie; promesse de pardon et d'assistance; exemple sans tâche et révélation par ses souffrances acceptées d'une immoralité possible… C'est ce plus pur esprit du Christianisme qui nous pousse à espérer son expansion à travers le monde." |
Channing étant toujours très actif, était souvent à l'origine de différentes organisations telle la Berry Street Conference, une réunion de ministres libéraux qu'il a réclamé en 1820 et qui s'est assemblée annuellement depuis.
En 1822-23 Channing a voyagé en Angleterre et en Europe continentale en raison de sa santé qui restait frêle. Le voyage a fait peu par améliorer sa santé, mais il a stimulé ses intérêts littéraires. Channing pendant son voyage avait été largement influencé par Samuel Taylor Coleridge et Thomas Carlyle. Revenu de l'Europe, il a réalisé plusieurs essais, tous fortement acclamés, sur Milton, 1825 ; Fenelon, 1829 ; et Napoléon Bonaparte, 1828-29.
En 1824, il a pris un jeune associé, Ezra Stiles Gannett, après presque vingt années de bons services à l'église Federal Street.
En 1825 Channing a écrit Gannett que "ma santé m'obligerait de reporter sur vous cette année prochaine et probablement par la suite une grande partie du soin de notre paroisse."
Toujours en 1825, le 26 mai fut fondée l'American Unitarian Association pour diffuser la connaissance et promouvoir les intérêts du pur Christianisme. Il semble que Channing n'ait pris aucune part en elle pour une certaine crainte des grands mouvements et s'en expliquait quand il disait : "qu'il n'y a aucune valeur morale en étant entraîné par une foule, même vers les meilleurs objets." En autre occasion, il insistait de ne pas produire des institutions, mais le fait d'être sérieux. Dans ses 'Remarks on Associations,' de 1829, Channing décrivait l'église, la famille et l'état comme des institutions naturelles. Il formulait la loi de l'Oligarchie : "La tendance de grandes institutions pour accumuler le pouvoir dans quelques mains." Il pensait que les grandes associations "ont tendance à produire une dépendance et détruire l'action auto-produite dans les vastes multitudes qui les composent."
Channing progressant dans ses convictions soulevait les conclusions d'une étude raisonnée des Saintes Ecritures. Il disait que ne nulle part il y a un mot dans le Nouveau Testament pour signifier Dieu en trois personnes, qu'une doctrine si perturbante comme la Trinité distrait l'esprit de la communion avec Dieu, et qu'en réalité la doctrine de la prédestination "fait des machines des hommes." Tout le but du Christ, qu'il a prêché, était "de susciter et renforcer la piété dans le coeur humain."
Il s'est étendu sur ce sujet dans un sermon en 1826 intitulé 'Unitarian Christianity Most Favorable to Piety,' (Le Christianisme Unitarien plus favorable pour la piété). Ici, critiquant la doctrine Trinitaire de l'expiation par procuration, il disait : "Il ne fait pas la promotion de la piété une fin principale [du Christ]. Il enseigne, que le but le plus haut de sa mission était de réconcilier Dieu avec l'homme, pas l'homme à Dieu."
Channing croyait ardemment que Dieu avait fait la nature humaine, avec sa capacité pour le choix moral et une compréhension toujours croissante, apparentée au divin. Il avait avec assurance prêché la possibilité du progrès moral et spirituel éternel pour tous ceux qui modèleraient leurs vies en conformité avec ses demandes. Les principales vues religieuses de Channing se résument en plusieurs points : La Bible est un livre écrit pour les hommes dans le langage des hommes sans particuliers messages ; qu'il est fondamental d'employer la raison dans la religion ; un dogme peu clair comme la Trinité distrait l'esprit des hommes de la communion avec Dieu ; la prédestination calviniste transforme les hommes en automates ; la mission du Christ était de réconcilier Dieu avec les hommes, pas les hommes avec Dieu ; l'homme a le potentiel d'être semblable à Dieu.
Toutefois, c'est toujours la liberté qui prévaudra comme fond de son enseignement, ce qui sera exalté dans son sermon de 1830, 'Spiritual Freedom' (La liberté spirituelle) :
"…Je nomme libre cet esprit qui maîtrise les sens, qui se défend des appétits animaux, qui dédaigne plaisir et chagrin par rapport à sa propre énergie insinuée dans le corps, et qui reconnaît sa réalité propre et sa magnificence, qui parcourt la vie non pas en se demandant que boire ou manger, mais bien plutôt dans la soif et la faim et la quête de la droiture. |
Channing a ouvert la voie du transcendantalisme par son enseignement, dont Ralph Waldo Emerson (1803-1882) en 1838 ouvrait la Divinity School et le mouvement Transcendentaliste. Dans l'été de cette année, Emerson a été invité à prêcher un sermon devant la classe des diplômés de l'Ecole de Théologie. Seulement une petite partie était présente, mais le discours qu'ils ont entendu a commencé une nouvelle époque dans l'Unitarisme Américain. Il a amené à ses jeunes auditeurs le message du Transcendantalisme comme s'appliquant à la religion.
Mais Channing a peu adhéré au mouvement, qui pour lui risquait de détourner les jeunes ministres de certaines bases chrétiennes. Cette nouvelle génération de ministres, affichait plutôt un transcendantalisme d'ouverture vers divers centres d'intérêts et se rebellait contre l'autorité externe et les vieilles traditions de pensée et de faire.
Le ministre Samuel Hopkins, quand il était jeune l'avait touché quand il évoquait l'esclavagisme, et ceci eut certainement une importance et dès 1825 Channing évoquait ce fléau à plusieurs occasions. Lors d'un voyage aux Indes, en 1830, en raison de sa santé, il fut stupéfait par la condition d'injustice et de cruauté qui sévissait alors, et sera pour lui l'objet d'un combat tout du long des jours qui lui restaient à vivre et à y consacrer. Pour Channing, La plaie de l'esclavagisme, en tout cas moralement répréhensible, rappelait la nécessité d'un profond examen du fondement, de la nature et de l'étendue des droits de l'homme et que l'émancipation de l'esclavage ne devait pas se produire par l'intervention gouvernementale, mais plutôt au moyen d'une prise de conscience publique sur le problème et avec des moyens pacifiques. En 1835, Channing à publier un ouvrage 'L'esclavage', dans lequel il revendiquait ses postions, en autre que les droits de l'homme tiennent dans sa nature morale créée par Dieu et non pas de la société. Le 1 août, 1842, Channing a célébré l'anniversaire de l'émancipation des esclaves en Indes occidentales britanniques et a réclamé la fin de l'esclavage aux Etats-Unis.
Deux mois plus tard, le 2 octobre 1842, Channing mourait à Bennington, dans le Vermont.
DidierLe Roux
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